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Marguerite Audoux,
la bergère-couturière qui n'osait pas se dire "écrivain

1863-1937

Marie-Claire, un roman de Marguerite Audoux, paru en 1910 ; une météorite venue d'une petite couturière à demi-aveugle que rien ne prédisposait à la littérature.

Un cahier découvert fortuitement, dans un tiroir de sa machine à coudre, par son compagnon Jules Iehl, alias Michel Yell, un ami de Gide. Il ne s’imaginait pas que Marguerite Audoux sans aucune culture littéraire particulière, puisse écrire ce qui sera considéré par la critique comme un chef-d’œuvre : le récit de sa vie d'enfant abandonnée, élevée par les sœurs à la mort de sa mère, puis envoyée dans une ferme pour y apprendre le métier de bergère.

Comment expliquer un tel talent, celui de celle qui, après sa journée de travail se réfugie dans la lecture, dévore tous les livres qui lui tombent sous la main et écrit la nuit à la lumière de la chandelle ?   

Son style dépouillé mais d'une force évocatrice peu commune retient l’attention d’Octave Mirbeau, celui qui règne en maître sur la République des lettres.   Dans la préface qu’il rédige pour ce roman, il tente d'expliquer que l'écrivaine est dotée d'un « sens inné de la langue qui lui permet […] de travailler sa phrase, de l'équilibrer, de la simplifier, en vue d'un rythme dont elle n'a pas appris à connaître les lois, mais dont elle a, dans son sûr génie, une merveilleuse et mystérieuse conscience ». Ce regard juste, qui vient de l'intérieur du milieu populaire, l'amène à une expression exacte de la réalité, entre littérature et chronique. Quelque chose de la conteuse… Seul refuge contre la misère, l'onirisme que l’on perçoit dans ce passage « Quand je tournais la tête vers la maison grande ouverte au soleil, j'attendais toujours qu'il en sortît des êtres extraordinaires ». Mais il reste enchaîné à la réalité, à l'image de ces épis de blé « qui se ployaient et se redressaient comme s'ils voulaient prendre leur élan pour fuir. On eût dit que les papillons leur apportaient des ailes pour les aider ; mais les épis avaient beau s'agiter, ils ne parvenaient pas à quitter la terre ».

A peine publié, le roman fait de Marguerite Audoux une célébrité.  Le livre est en lice pour le prix Goncourt et le prix Femina qu’elle remporte.  Durant quelques semaines, Marguerite Audoux devient la coqueluche de Paris. Les journaux titrent sur "L'ouvrière écrivain", "Le génie dans la mansarde"... Sa renommée se répand et l'impressionnant tirage de son livre,100 000 exemplaires, rivalise avec celui d'un Zola. Traduite en allemand, en anglais, en espéranto, en russe, en catalan, en suédois, en espagnol, en danois, en slovène, la couturière compte des admirateurs dans l'Europe entière. Un succès phénoménal à une époque où un homme du peuple n'écrivait pas, une femme du peuple, encore moins !...

Marie-Claire serait à l'origine du titre du magazine du même nom, dont le premier numéro paraît en 1937, année de la mort de l'écrivaine. Cette réutilisation du titre de l'œuvre serait-elle une ultime reconnaissance pour cette voix de paysanne qui a réussi à donner corps aux femmes du peuple.

Marguerite Audoux elle-même n'a jamais voulu s'attribuer le titre d'écrivain : "Ce n'est pas mon métier. Je fais des corsages" déclarait-elle.  

©2020 par Marie Vermunt. Créé avec Wix.com

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